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Si l’invention du Nocturne peut être attribuée au compositeur irlandais John Field, au début du 19e siècle, l’idée même d’une évocation musicale de la nuit lui est bien antérieure, qu’elle soit pimpante dans la Eine kleine Nachtmusik K 525 de Wolfgang Amadeus Mozart ou plus métaphysique dans la Sonate opus 27 n°2, dite Mondschein, de Ludwig van Beethoven.

Reflet des ombres et tourments de l’âme romantique, cette forme unipartite ralliera les plus grands compositeurs du 19ème siècle, Chopin, Schubert (Notturno pour trio D897), Glinka, Liszt, Fauré, Tchaïkovsky entre autres et continuera d’inspirer, au tournant du 20ème siècle, Scriabine, Poulenc ou encore Debussy (3 Nocturnes pour orchestre L.91).

Il est toutefois permis de s’étonner de l’absence criante d’un équivalent diurne du Nocturne. Est-ce à penser que le Romantisme, voulant faire table rase des Lumières du Classicisme, ne saurait exprimer que la part la plus obscure de nos existences ? C’est d’évidence le cas dans le poème The raven, où Edgar Allan Poe explore les hallucinations crépusculaires et délirantes du narrateur, incarnées sous la forme d’un noir corbeau doué de parole. Quant au Comte de Lautréamont, il oppose dans ses Chants de Maldoror les valeurs morales et la notion du Bien à une fascination pour la destruction, la violence et la laideur, dans une peinture épique d’une nuit solitaire, douloureuse et sans issue. A l’opposé de cette noirceur insondable, dans un contraste presque aveuglant, la tendresse lumineuse des deux Nocturnes aux tonalités majeures de l’opus 62 de Frédéric Chopin, sembleront paradoxalement bien plus proche de l’ode à la carrière du jour du poème Soleil et Chair d’Arthur Rimbaud, jubilatoire et irradiant.

Les trois œuvres pour piano données en création en seconde partie, étranges réminiscences de Nocturnes imaginaires, ont été conçues comme des entrelacs symbiotiques de ces textes hypnotiques et pénétrants, propres à perdre ou à sauver les âmes.


À 18h - Nocturnes pour piano en contrepoint de poèmes et textes poétiques
Field, 2e et 4e Nocturnes - Delphine Co
Chopin, Nocturne op 48 n°1 - Eléonore Du Puy
Chopin, Nocturne op 62 n°1 et 2 - Yuri Nishihara
Faure, 2e Nocturne - Simon Echarte


Etudiants des classes de piano d’Elena  Rozanova, Romain Descharmes, Hugues Leclère et David Saudubray du Conservatoire et du CNSAD


À 19h30
Cotinaud-Cohen, Orbe d’ambre (2015, création mondiale) sur le poème Soleil et chair d’Arthur Rimbaud
Leclère, Le mal de mort (2015, création mondiale) sur des extraits des Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont.
Girard, L'oiseau du Rivage de la Nuit (2007, création européenne), sur le poème The Raven d'Edgar Allan Poe


Daniel Mesguich, récitant
Hugues Leclere, piano