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Quand le choix de l’ « Exil » a été fait il y a deux ans par le Conseil pédagogique du CRR comme thème central de la saison culturelle 2015-2016 la société française n’était pas alors confrontée d’une manière aussi douloureuse qu’aujourd’hui au drame des migrants, à ces images bouleversantes qui nous parviennent chaque jour. Et la façon dont le sujet que nous avions choisi est devenu si brûlant, si impérieusement  essentiel, nous a finalement mis mal à l’aise. Quelle légitimité avions-nous, nous qui sommes « du bon côté des barbelés », pour aborder ce thème si complexe ? Que vient faire l’art dans cette course à la survie ? Pour élaborer la série d’événements rassemblés dans cette plaquette il nous fallait répondre à ces questions.

Nous avons d’abord interrogé l’une des figures les plus importantes de la mythologie, Ulysse ; il nous a fait comprendre que le voyage, en grande partie subi, l’avait cependant révélé à lui-même et que c’est la raison pour laquelle Monteverdi s’attachait plus au chemin intérieur qu’aux endroits parcourus. Une autre figure majeure s’est imposée à nous : Victor Hugo, le génie littéraire par excellence mais aussi l’un des plus célèbres exilés politiques français. Intimidant Hugo ? Pas si sûr… Puis sont venus les migrants conquérants, ceux qui ouvraient de nouveaux mondes, les Dvořák, les Chaplin, et les migrants forcés, les Klein, les Weill. Ils ont croisé le regard des chibanis, regards qui ne croient plus à la conquête, regards qui ne parlent pas d’oppression mais dont l’humanité meurtrie est portée par la caméra de François Havez et qui trouvent une expression dans les œuvres de Machuel et de Girard.

Il fallait rendre la présence des migrants encore plus palpable, plus proche : alors nous avons convié à nos côtés des « grands témoins » : des artistes engagés, des personnalités remarquables qui sont elles-mêmes en situation d’exil et qui portent à la fois la parole fière de la culture d’un pays et le poids de ne pouvoir s’y exprimer. Ces artistes s’appellent Xu Yi, compositrice, Afshin Ghaffarian, chorégraphe, Abdul Hakim Hashemi Hamidi, écrivain accueilli à Paris dans le cadre du réseau ICORN qui rassemble les villes refuges pour les écrivains persécutés. Chacun d’entre eux nous a offert de passer largement du temps avec nos étudiants rendant en cela la rencontre humaine aussi forte que la rencontre artistique et que la découverte d’un autre univers culturel. Notre reconnaissance envers eux est infinie, ils incarnent une image de l’exil qui porte un espoir inaltérable, avec eux tout semble possible.

Enfin il fallait laisser la parole aux migrants et nous avons découvert le travail admirable de l’Association Kolone qui propose des cours de français aux jeunes adultes demandeurs d’asile, réfugiés ou sans statut, et Victor Hugo est réapparu…

Cette série a été l’occasion d’élargir le cercle des partenaires du CRR. Ce sont des établissements qui ont souhaité accueillir nos manifestations, s’y associer, relayer nos messages, comme la Maison de Victor Hugo à Paris, la Cité de l’Histoire de l’Immigration, bon nombre de médiathèques et bibliothèques de la Ville de Paris, la Maison des Métallos. Merci à eux.

Xavier Delette